De l’enseignement mutuel aux nouvelles formes d’apprentissage entre pairs

 

Ce thème devait faire l’objet d’une journée nationale du GIS 2if en 2020. La situation sanitaire nous a conduit à renoncer à l’organiser. Pour autant, la question des nouvelles formes d’apprentissage de contenus formels donne lieu à beaucoup d’intérêt, surtout dans la situation dans laquelle nous trouvons et son cortège de changements obligés dans l’organisation scolaire. Les lignes qui suivent sont extraites de l’appel qui avait été rédigé pour cette journée. Elles gardent toute leur actualité.

Depuis une vingtaine d’années, un nouvel intérêt est apparu pour les modalités de formation reposant sur l’échange entre groupes de pairs qui s’entraident en communiquant de différentes manières et, en particulier, en réseau.

Il ne s’agit bien évidemment pas d’un phénomène nouveau : les tenants de l’enseignement mutuel avaient déjà théorisé et mis en pratique depuis plusieurs siècles des procédures permettant aux apprenants de mener des activités en groupe organisé, tandis que les pédagogues de l’éducation nouvelle ont essentiellement tiré parti du travail en groupe pour réaliser des projets coopératifs.

Un tel intérêt s’est aussi développé en formation à distance, dans l’espoir de créer des communautés d’apprentissage et de pratique. Ces pratiques ont connu de nouvelles extensions, mais aussi des remises en question avec l’invention des CLOM (MOOC). Elles peinent à se mettre en place au sein d’institutions conçues pour l’enseignement simultané où, pourtant des innovations comme celles de la classe inversée ont conquis une certaine visibilité et donné lieu à la constitution de communautés de militants.

Les technologies de télécollaboration (forums de discussion et web conférences) et la diffusion des outils numériques de gestion de réseaux sociaux donnent bien entendu une nouvelle actualité à ce type d’approches et permet de poser de nouvelles questions, en particulier les rapports entre apprentissages formels, non formels et informels, les interactions synchrones et asynchrones ou encore l’opportunité de réinterroger la « forme scolaire » au travers de ces pratiques d’apprentissage qui échappent, pour beaucoup, à l’institution.

Questionner la « forme scolaire » induit alors de porter un regard neuf, d’une part sur la posture de l’enseignant et d’autre part sur le temps scolaire. Questionner la « forme scolaire » invite aussi à s’interroger sur l’espace même de la salle de classe – un espace qui est figé depuis des siècles afin de servir le modèle d’enseignement simultané. Comment la salle de classe peut-elle évoluer ? Selon quelles modalités et pour quels bénéfices attendus ? Quel rôle peut-elle jouer dans des formes hybrides d’enseignement ?

C’est pourquoi le GIS 2if avait prévu d’organiser, le 19 juin 2020 à l’Université de Paris, une journée d’étude internationale sur la question des métamorphoses et des perspectives autour des modalités de formation entre groupe de pairs et leur rôle dans l’évolution de la « forme scolaire ». La crise sanitaire a conduit à repousser cette date. Cependant la réflexion continue.

Références

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Cousinet, R. (1959). Pédagogie de l’apprentissage. Paris : PUF. Nouvelle encyclopédie pédagogique, 168 p.

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Laferrière, T. (2005). Les communautés d’apprenants en réseau au bénéfice de l’éducation. Encounters On Education, 6, 5-21.
En ligne:http://qspace.library.queensu.ca/jspui/bitstream/handle/1974/480/art%201%20laferriere.pdf;jsessionid=98BF7E4D988F537880558564E0E1449F?sequence=1